
Je remets en ligne cette photo avec un nouveau texte .....
Sizhang ne saura pas l’odeur douceâtre et âpre des abats sombres, ramassés en boules aqueuses, glissantes de la boucherie Guérinot, et la suspension débile de la volaille, pieds liés, déplumée,
l’œil effaré, et les découpes rouges, fibreuses, ferreuses d’un bœuf taillé en pièces dont chacune prenaient des poses lamentables dans la vitrine réfrigérée, et la chapelure répandue sur le
revêtement de mosaïque beige piqué de noir et de jaune.
Sizhang avance de son pas, c’est curieux comme elle avance, il n’est pas léger, ni sautillant, ce pas. Il est aimanté, bien posé, et son corps comme on arpente en légère inclinaison arrière . Un
déhanché trompeur pour qui ne saurait pas voir, ce n’est pas le pas de l’insolence. Pour qui ne saurait pas voir, Sizhang ne fait pas que passer.
Peut-être le boucher et sa femme étaient vraiment Monsieur et Madame Guérinot , et leur nom distinguant sans démesure mais néanmoins avec sa petite fierté leur boucherie d’entre tant d’autres .
Peut-être a t-il pensé à quelque chose Monsieur Guérinot quand il a baissé pour la dernière fois son pauvre store lamé jaune et rouge. Ce pauvre store qui n’a même pas la noblesse déchirante
du lourd rideau de fer strident. Juste un petit store qui baisse, décline comme la lumière, et sans mélodrame emporte avec lui ce « Et ce sera tout ? » lancé à longueur de client de la voix
invariablement étonnée de Madame Guérinot , toujours bien apprêtée à sa caisse
Peut être a t-il pensé a quelque chose, puis fermer sans bruit comme on referme son stylo. Sizhang est la nouvelle lettre du livre.
a.m
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Vendredi 15 juin 2007
publié dans :
Moments volés
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